vaisselleVous allez me prendre pour une dingue.. mais je vous jure, j'adore faire la vaisselle. En fait, j'adore "laver" la vaisselle... avoir les mains dans l'eau chaude... j'aime bien l'odeur du produit vaisselle... mais surtout, surtout, j'adore papoter avec celui qui essuie et range et avec les autres qui traînent dans le coin. Partager la joie de faire les choses ensemble! Si possible, après un bon repas, en terminant un petit verre de vin ou bien en sirotant un thé... et puis, pas tous les jours! Aujourd'hui je lave, demain, je serais contente d'être parmi ceux qui se contentent de traîner dans le coin, ou même de traîner ailleurs.

Par contre faire la vaisselle, tout seul dans sa cuisine, ça c'est beaucoup, beaucoup moins rigolo déjà...

Quand j'ai commencé à m'intéresser au covoisinage, j'ai un peu tiqué sur les repas communs. Rien que l'idée, je trouvais ça étouffant, ça empiétait sur mon espace vital. Yerk... je vais être obligée de manger avec tous ces gens plusieurs fois par semaine? On se croirait à la cantine. Non non, ça ira merci, c'est ben d'trop communautaire pour moi c't'affaire là, tsé! Heureusement, dans la grande majorité des covoisinages, les repas communs sont facultatifs, on doit faire la cuisine quand c'est son tour, mais on y va manger seulement quand on en a envie. Je me suis donc dit... ok donc, ben j'irais pas et puis c'est tout. Ca m'a permis de surmonter mon dégout et de continuer à m'intéresser au concept...

Et comme je vous disais, j'ai commencé à lire tout ce que je peux trouver là dessus. Le truc qui me fascine le plus, ce sont les témoignages des gens qui habitent un covoisinage et qui racontent leur vie au sein de la communauté. Ce qu'il aiment, ce qu'ils aiment moins, au jour le jour... (D'ailleurs j'ai le projet d'en traduire certains, ici, pour que vous puissiez en profiter aussi). Ça donne une idée de comment on se sent quand on est à l'intérieur. Et j'étais super étonnée de lire à quel point tout le monde semble apprécier les repas communs. Dans certains covoisinages on organise même jusqu'à 7 repas communs par semaine. Aïe... mais ça veux dire tous les jours, ça? Quand j'ai lu ça, ça m'a carrément contrarié. Que des gens qui ont par ailleurs de si bonne idées sur la mutualisation des ressources puissent avoir le mauvais goût de partager leurs repas dans une cantine, voilà une idée qui m'indisposait sérieusement. Mais bref, j'ai décidé de continuer à ignorer cet aspect pour creuser le reste.

Parallèlement, j'ai continué ma petite vie. Ben oui quoi, en attendant, faut bien vivre... Et devinez quoi: chaque jour, il me faut faire à manger pour ma petite famille. Et chaque jour c'est le casse tête ; qu'est ce qu'on va bien pouvoir manger aujourd'hui? On pourrait faire euh... des pâtes? ou peut être euh... du riz? ou alors euh... des patates? Mais on en a déjà mangé hier, ou même à midi ; ce serait bien de manger plus de légumes, non? Mes loulous ont besoin des bonnes vitamines d'une alimentation diversifiée... alors je me force, je fais des efforts, jours après jour, pour trouver des nouvelles idées de bonnes choses à manger. C'est tellement lourd que bien souvent, entre les courses et la bouffe, j'ai l'impression de ne faire plus que ça. Mais je voudrais être une bonne-maman-qui-prends-à-coeur-la-santé-de-ses-enfants, hein! Bien souvent je traverse des phases de découragement. Je déserte la cuisine et on se gave de pizza /croque monsieurs/pates aux fromages pendant quelques jours. Jusqu'à ce que la culpabilité reprenne le dessus et que je me remette à essayer de faire une bonne cuisine santé avec un régime équilibré. Mais quand la purèe de carottes maison faite de carottes bio toute fraichement achetées au marché et épluchées par mes soins toute seule dans ma cuisine est repoussé d'un simple "beurk" sans autre forme de procès, je me découvre des envies de meurtres!

Bref vous savez quoi? Faire les menus, les courses, la bouffe, la vaisselle... tous les jours, ben j'ai horreur de ça!

Ne vous méprennez pas, j'aime bien manger et j'adore faire la cuisine. Mais c'est comme la vaisselle ce truc là: c'est rudement chouette... une fois de temps en temps. Vous savez, quand on invite des gens qu'on aime bien. On y réflechit à l'avance, on hésite, on feuillette des livres de recettes aux couleurs chatoyantes, on imagine un menu, on en salive rien que d'y penser. On cherche comment les épater, les surprendre, leur faire plaisir aussi... La veille on fait les courses, on choisit ses tomates avec amour, une par une, on en profite même pour aller au marché... Le jour j, on se lève un peu plus tôt. On range un peu, on se met aux fourneaux. On partage les croissants au milieu des épluchures, sur fonds d'odeurs de ragoût...

Alors, quand au cours d'une de mes passionnantes lectures de témoignages, j'ai lu: "dans notre communauté, il y a un super chouette restaurant, pas cher du tout, qui s'apelle la maison commune"... et bien j'ai ENFIN vu la lumière! Cuisiner une fois tous les 15 jours/3 semaines et se mettre les pieds sous la table tout le reste du temps... héhéhé... mais c'est une idée tout simplement géniale ça! Au lieu de me prendre la tête, tous les jours pour savoir ce que je pourrais bien faire à manger pour mes loulous, je pourrais tout aussi bien les emmenner dans un restaurant très spécial, où les enfants seraient vraiment les bienvenus, où le "plat du jour" changerait chaque soir selon l'inspiration des cuisiniers du jour... A la fin du repas, les loulous pourraient aller jouer avec des petits copains dans la salle de jeu attenante pendant que je siroterait un thé en papotant avec mes voisins. Après quoi on pourrait rentrer chez nous sans même faire la vaisselle. Et libre à nous de rester chez nous les soirs de crise de besoin d'intimité... où est ce que je dois signer?

Alors voilà, après mûre réflection, les repas en commun sont sans aucun doute, l'une des meilleures idées du covoisinage. Et parmi tous les avantages que j'entrevois dans ce mode de vie, c'est peut-être ce que j'attends avec le plus d'impatience.

Y a que les imbéciles qui changent jamais d'avis!